Mon parcours clinique

Franck Rexand-Galais, psychanalyste, enseignant-chercheur et superviseur à Angers

Toute pratique clinique se construit au fil des rencontres, des expériences et des questions qui traversent une vie professionnelle. La mienne s’est élaborée progressivement, à la croisée de plusieurs engagements : la psychanalyse et la psychothérapie, une pratique clinique d’abord développée dans le champ du vieillissement avant de rencontrer celui de la maladie grave, des transitions et des fragilités narcissiques et identitaires, ainsi que la recherche, l’enseignement et le travail auprès des institutions.

Parmi les rencontres qui ont marqué ce parcours, certaines ont joué un rôle décisif. Elles n’ont pas seulement orienté mes choix universitaires ou mes recherches ; elles ont progressivement façonné ma manière de penser la clinique et d’exercer la psychanalyse.

Franck Rexand-Galais – Docteur HDR en Psychologie clinique

À partir de 1999, mon activité universitaire s’est également développée en Martinique, où j’ai enseigné de manière discontinue la psychologie clinique pendant plus de vingt ans. J’y suis également intervenu dans le cadre de colloques et de formations cliniques. Cette expérience, inscrite dans un contexte culturel, social et institutionnel différent de celui de la France hexagonale, a enrichi ma réflexion clinique tout en confirmant combien les questions liées aux remaniements identitaires, aux liens et aux processus de subjectivation traversent des contextes très différents.

Ma pratique s’est progressivement construite au fil de rencontres déterminantes avec des cliniciens et des chercheurs dont les approches, sans jamais se confondre, ont chacune contribué à façonner ma manière de penser la psychanalyse et d’exercer la clinique.

La rencontre avec Jean Laplanche ne s’est d’ailleurs pas limitée à la direction d’une thèse ou au travail de traduction. Elle m’a inscrit dans un espace de transmission dont les prolongements allaient durablement marquer mon parcours. C’est dans cette continuité, à son initiative, que j’ai notamment rejoint Alain de Mijolla à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) qui abritait son atelier de recherches sur l’histoire de la psychanalyse. Ce travail a nourri ma réflexion sur la genèse des concepts et leur inscription dans une histoire intellectuelle et clinique.

À la même époque, je participais également au séminaire animé par Jean Laplanche et Christophe Dejours au sein de l’Association psychanalytique de France. C’est également durant cette période que ma rencontre avec Paul Albou, dont je suis devenu le collègue à l’université, m’a inscrit dans une autre continuité. Ancien élève de Daniel Lagache, il prolongeait une tradition de la psychologie française avec laquelle Jean Laplanche entretenait un dialogue fécond. Son accueil au sein du Laboratoire de psychologie économique de l’Université Paris Descartes m’a ouvert un espace de recherche où les questions cliniques pouvaient être pensées en articulation avec les dimensions sociales, institutionnelles et économiques des conduites humaines.

Parallèlement, ma pratique psychothérapeutique et psychanalytique m’amenait à rechercher d’autres espaces d’élaboration clinique. C’est dans ce contexte que je me suis rapproché de Joyce McDougall. Au cours de nos échanges, elle souligna combien ma pratique demeurait marquée par une première longue analyse d’orientation lacanienne. Elle m’encouragea alors à poursuivre mon travail clinique auprès de Nathalie Zaltzman.

La supervision que j’engageai avec Nathalie Zaltzman allait durer de nombreuses années et transformer durablement ma pratique. Elle m’a transmis une pratique profondément incarnée de la psychanalyse, portée par une exigence clinique qui n’était pas sans rappeler celle de Jean Laplanche.

Au cours de cette période, ma pratique clinique s’est progressivement diversifiée. Si elle demeurait profondément ancrée dans la clinique du vieillissement, elle m’a conduit à accompagner des patients confrontés à la maladie grave, aux traumatismes, aux grandes transitions de l’existence, aux fragilités narcissiques et identitaires ainsi qu’aux fonctionnements limites. Les contextes différaient, mais je retrouvais, sous des formes singulières, une même interrogation clinique : celle des remaniements psychiques qui accompagnent les ruptures de l’histoire du sujet.

Cette continuité a également orienté mes travaux de recherche. Les problématiques rencontrées dans la clinique du vieillissement faisaient écho à celles observées dans d’autres contextes : maladie somatique grave, vulnérabilités narcissiques, conduites de dépendance, transformations des liens conjugaux ou encore enjeux psychiques liés aux mutations sociales contemporaines. Derrière la diversité des situations cliniques se dessinait une même préoccupation : comprendre comment le sujet tente de préserver son sentiment de continuité lorsque les appuis internes ou externes viennent à se fragiliser.

Cette même exigence a naturellement trouvé sa place dans mon activité d’enseignant et de chercheur. Pour moi, la recherche n’a jamais constitué une activité parallèle à la clinique. Elle en est devenue l’un de ses prolongements naturels. L’enseignement, la recherche et la clinique ne se sont jamais développés de manière indépendante. Chacun de ces espaces est venu nourrir les autres. Les questions soulevées par les patients alimentaient les travaux de recherche ; les élaborations théoriques trouvaient à être éprouvées dans la pratique clinique ; les échanges avec les étudiants constituaient, eux aussi, un espace de réflexion et de transmission.

Aujourd’hui, cette histoire continue d’orienter ma pratique. J’accueille principalement de jeunes adultes, des adultes et des personnes âgées en psychothérapie analytique et en psychanalyse. J’accompagne également des équipes et des institutions dans le cadre de dispositifs de supervision, d’analyse des pratiques professionnelles et de régulation. Comme superviseur, j’accompagne des cliniciens dans leur pratique. Derrière la diversité des demandes, je retrouve une même exigence clinique : offrir un espace où les expériences psychiques puissent être élaborées, mises en pensée et progressivement réinscrites dans une histoire singulière.

Cette même conception de la clinique guide également mon activité d’enseignant et de chercheur. Depuis plus de trente ans, je m’attache à faire dialoguer la pratique clinique, la recherche et l’enseignement. Cette articulation constante entre clinique, recherche et enseignement a donné lieu à la production de plus de quatre-vingt-dix travaux scientifiques – ouvrages, directions d’ouvrages, chapitres et articles – consacrés à la psychologie clinique et à la psychanalyse, aux remaniements identitaires, aux fragilités narcissiques, aux transitions de l’existence et aux transformations contemporaines des liens psychiques.

La recherche et les publications constituent donc aujourd’hui un prolongement essentiel de ma pratique clinique. Elles témoignent d’une même exigence : penser la clinique, la confronter à la recherche et la partager. Je vous invite à poursuivre la découverte de mon parcours en consultant la page Mes publications, qui présente une sélection de mes travaux de recherche.

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