Mon parcours clinique

Franck Rexand-Galais, psychanalyste, enseignant-chercheur et superviseur à Angers

Toute pratique clinique se construit au fil des rencontres, des expériences et des questions qui traversent une vie professionnelle. La mienne s’est élaborée progressivement, à la croisée de plusieurs engagements : la psychanalyse et la psychothérapie, une pratique clinique d’abord développée dans le champ du vieillissement avant de rencontrer celui de la maladie grave, des transitions et des fragilités narcissiques et identitaires, ainsi que la recherche, l’enseignement et le travail auprès des institutions.

Parmi les rencontres qui ont marqué ce parcours, certaines ont joué un rôle décisif. Elles n’ont pas seulement orienté mes choix universitaires ou mes recherches ; elles ont progressivement façonné ma manière de penser la clinique et d’exercer la psychanalyse.

Franck Rexand-Galais – Docteur HDR en Psychologie clinique

Au cours de mes études, j’ai mené parallèlement une formation en psychologie et une double formation en Lettres modernes et en Sciences du langage, dont une maîtrise de sciences du langage dirigée par Anne-Marie Houdebine, qui comptait alors parmi les grandes figures de la linguistique en France. C’est elle qui m’a conseillé de me rapprocher de Jean Laplanche, dont les enseignements occupaient une place importante dans le champ de la psychanalyse française. Cette suggestion allait modifier durablement mon parcours.

En effet, ce conseil d’Anne-Marie Houdebine fut sans doute l’un des moments fondateurs de mon parcours. Les rencontres qui en découlèrent ont progressivement dessiné la trajectoire clinique, universitaire et scientifique qui est encore la mienne aujourd’hui.

En cinquième année de psychologie, j’ai ainsi suivi les enseignements de Jean Laplanche tout en participant au séminaire de traduction qu’il animait. Ma formation en linguistique, notamment ma connaissance de la grammaire allemande, m’a conduit à rejoindre progressivement le groupe de travail consacré à la traduction de Freud. Quelques années plus tard, je réaliserai notamment, avec Pierre Cottet, la traduction des Trois essais sur la théorie sexuelle de Freud pour les Presses Universitaires de France.

Jean Laplanche me proposa également d’entreprendre, sous sa direction, une thèse consacrée à la théorie sexuelle infantile.

La rencontre avec Jean Laplanche ne s’est pas limitée à la direction d’une thèse ou au travail de traduction. Elle m’a inscrit dans un espace de transmission dont les prolongements allaient durablement marquer mon parcours. C’est dans cette continuité, toujours à l’initiative de Jean Laplanche, que j’ai notamment rejoint Alain de Mijolla à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), qui abritait son atelier de recherches sur l’histoire de la psychanalyse. Ce travail a nourri ma réflexion sur la genèse des concepts et leur inscription dans une histoire intellectuelle et clinique.

À la même époque, je participais également au séminaire animé par Jean Laplanche et Christophe Dejours au sein de l’Association psychanalytique de France. C’est également durant cette période que ma rencontre avec Paul Albou, dont je suis devenu le collègue à l’université, m’a inscrit dans une autre continuité. Ancien élève de Daniel Lagache, Paul Albou prolongeait une tradition de la psychologie française avec laquelle Jean Laplanche entretenait un dialogue aussi discret que fécond. Son accueil au sein du Laboratoire de psychologie économique de l’Université Paris Descartes m’a ouvert un espace de recherche où les questions cliniques pouvaient être pensées en articulation avec les dimensions sociales, institutionnelles et économiques des conduites humaines.

Parallèlement, ma pratique psychothérapeutique et psychanalytique m’amenait à rechercher d’autres espaces d’élaboration clinique. C’est dans ce contexte que je me suis rapproché de Joyce McDougall. Au cours de nos échanges, elle souligna combien ma pratique demeurait marquée par une première longue analyse d’orientation lacanienne. Elle m’encouragea alors à poursuivre mon travail clinique auprès de Nathalie Zaltzman.

La supervision que j’engageai avec Nathalie Zaltzman allait durer de nombreuses années et transformer durablement ma pratique. Elle m’a transmis une expérience profondément incarnée de la psychanalyse, portée par une exigence clinique qui n’était pas sans rappeler celle de Jean Laplanche.

Au cours de cette période, ma pratique clinique s’est progressivement diversifiée. Si elle demeurait profondément ancrée dans la clinique du vieillissement, elle m’a conduit à accompagner des patients confrontés à la maladie grave, aux traumatismes, aux grandes transitions de l’existence, aux fragilités narcissiques et identitaires ainsi qu’aux fonctionnements limites. Les contextes différaient, mais je retrouvais, sous des formes singulières, une même interrogation clinique : celle des remaniements psychiques qui accompagnent les ruptures de l’histoire du sujet.

À partir de 1999, mon activité clinique et universitaire s’est également développée dans d’autres territoires, notamment en Martinique, où j’ai enseigné de manière discontinue la psychologie clinique pendant plus de vingt ans. J’y suis également intervenu dans le cadre de colloques et de formations cliniques. Cette expérience s’inscrivait dans la continuité d’un parcours personnel qui m’avait déjà conduit à vivre l’expatriation. Vivre et travailler dans un contexte culturel, social et institutionnel différent de celui de la France hexagonale a enrichi ma réflexion clinique et approfondi mon intérêt pour les remaniements identitaires, les questions d’appartenance, les processus de subjectivation ainsi que les effets psychiques de la mobilité géographique et culturelle. Cette expérience constitue aujourd’hui un repère important dans l’accompagnement des personnes et des couples confrontés à l’expatriation ou à des parcours de mobilité internationale.

Ces évolutions ont également orienté mes travaux de recherche. Les problématiques rencontrées dans la clinique du vieillissement faisaient donc écho à celles observées dans d’autres contextes : maladie somatique grave, vulnérabilités narcissiques, conduites de dépendance, transformations des liens conjugaux ou encore enjeux psychiques liés aux mutations sociales contemporaines. Derrière la diversité des situations cliniques se dessinait une même préoccupation : comprendre avec exigence comment le sujet tente de préserver son sentiment de continuité lorsque les appuis internes ou externes viennent à se fragiliser.

Cette même exigence a naturellement trouvé sa place dans mon activité d’enseignant et de chercheur. Pour moi, la recherche n’a jamais constitué une activité parallèle à la clinique. Elle en est devenue l’un de ses prolongements naturels. L’enseignement, la recherche et la clinique ne se sont jamais développés de manière indépendante. Chacun de ces espaces est venu nourrir les autres. Les questions soulevées par les patients alimentaient les travaux de recherche ; les élaborations théoriques trouvaient à être éprouvées dans la pratique clinique ; les échanges avec les étudiants constituaient, eux aussi, un espace de réflexion et de transmission.

Au fil des années, ces différentes expériences n’ont pas constitué des domaines d’activité séparés, mais les différentes expressions d’une même pratique clinique, progressivement élargie aux transformations de l’existence, aux remaniements identitaires et aux formes contemporaines de la souffrance psychique.

Aujourd’hui, cette histoire continue d’orienter ma pratique. J’accueille principalement de jeunes adultes, des adultes et des personnes âgées en psychothérapie analytique et en psychanalyse. J’accompagne également des équipes et des institutions dans le cadre de dispositifs de supervision, d’analyse des pratiques professionnelles et de régulation. Comme superviseur, j’accompagne des cliniciens dans leur pratique. Derrière la diversité des demandes, je retrouve une même exigence clinique : offrir un espace où les expériences psychiques puissent être élaborées, mises en pensée et progressivement réinscrites dans une histoire singulière.

Cette même conception de la clinique guide également mon activité d’enseignant et de chercheur. Depuis plus de trente ans, je m’attache à faire dialoguer la pratique clinique, la recherche et l’enseignement. Cette articulation constante entre clinique, recherche et enseignement a donné lieu à la production de plus de quatre-vingt-dix travaux scientifiques – ouvrages, directions d’ouvrages, chapitres et articles – consacrés à la psychologie clinique et à la psychanalyse, aux remaniements identitaires, aux fragilités narcissiques, aux transitions de l’existence et aux transformations contemporaines des liens psychiques.

La recherche et les publications constituent aujourd’hui un prolongement essentiel de ma pratique. Elles témoignent d’une même exigence : penser la clinique, la confronter à la recherche et la transmettre. Je vous invite à poursuivre la découverte de mon parcours en consultant la page Mes publications, qui présente une sélection de mes travaux de recherche.

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